Réponse en bref
Depuis le 13 octobre 2026, des étudiants et des jeunes manifestent à Tirana et dans d’autres villes albanaises contre le Premier ministre Edi Rama, en dénonçant la corruption, le coût des études et le manque d’emplois. Les décomptes officiels font état de 272 à 295 blessés, surtout des policiers. Edi Rama refuse de démissionner. Au 20 octobre, les consignes française, britannique et américaine demandent d’éviter manifestations et bâtiments officiels.
Huit jours de manifestations dans les rues de Tirana, du 13 au 20 octobre
Les manifestations en Albanie ont commencé le mardi 13 octobre 2026 devant le ministère de l’Éducation, à Tirana. Les étudiants réclamaient au gouvernement du Premier ministre Edi Rama de meilleures écoles et universités et un soutien financier, rapportait Balkan Insight. Selon la police, des manifestants ont endommagé la grille et les fenêtres du ministère ; les policiers ont riposté au gaz lacrymogène et au canon à eau. Les jours suivants, selon Al Jazeera, le feu a été mis au bureau du Premier ministre, aux ministères des Finances et de la Justice et à plusieurs agences bancaires, et dès le 16 octobre la BBC recensait des heurts à Durrës, Shkodër, Lezhë, Vlora, Gjirokastër et Korçë.
Le dimanche 18 octobre, selon Balkan Insight, des manifestants ont attaqué la porte du siège du Parti socialiste au pouvoir et se sont heurtés à la police près du siège du Parti démocrate d’opposition, et la police a indiqué qu’un groupe masqué avait incendié un commissariat. Le mardi 20, des centaines d’enseignants d’université ont défilé vers le bureau du Premier ministre pour réclamer la fin de ce qu’ils appellent une violence policière disproportionnée, selon Tirana Times.
Qui manifeste en Albanie et ce que réclame la jeunesse
Le mouvement est jeune. Des étudiants l’ont lancé, des lycéens les ont vite rejoints, ce qui a grossi les cortèges, selon la BBC. Les premières revendications étaient concrètes : frais de scolarité et prix des manuels, coût de la vie, bâtiments universitaires vétustes et manque d’emplois après le diplôme. Un étudiant a confié à Balkan Insight que l’on vient à Tirana pour étudier et que l’on finit obligé de travailler.
S’y ajoute une exigence politique : la démission d’Edi Rama, Premier ministre depuis 2013. Beaucoup de manifestants accusent son gouvernement de corruption, ce que celui-ci dément, rappelle Reuters. Le mouvement n’a ni porte-parole public ni déclaration collective, écrivait Balkan Insight le 19 octobre. Une organisatrice de 27 ans a dit à la BBC souhaiter un gouvernement technique pendant un an pour préparer de nouvelles élections.
Du mouvement Flamingo à une révolte étudiante dans tout le pays
Selon Balkan Insight, les rassemblements de Tirana ont commencé le 31 mai, après une manifestation à Zvernec contre un projet touristique de luxe dans une zone protégée de la côte sud. Le projet est lié à Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. Reuters n’a trouvé aucune preuve d’irrégularité de sa part. Les manifestants brandissaient des images d’un flamant rose, un oiseau qui, selon eux, disparaîtrait d’une île proche de Vlora si le complexe voyait le jour.
La BBC décrit des rassemblements chaque soir dans le centre de Tirana pendant quelque 135 jours d’affilée, avec un slogan adressé aux deux camps : Rama en prison, Berisha en prison, en référence au chef de l’opposition Sali Berisha. De jeunes manifestants ont expliqué à la BBC que la vague d’octobre est une nouvelle phase née de ce mouvement.
Comment Edi Rama et son gouvernement répondent aux manifestants
Edi Rama refuse de démissionner depuis le début. Dans des réponses écrites à Reuters le 15 octobre, il a déclaré que les gouvernements changent par des élections démocratiques et que l’Albanie avait eu l’an dernier des élections, pas une révolution. Démissionner, a-t-il ajouté, trahirait les électeurs qui lui ont confié un mandat fort pour achever les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Il se dit prêt à discuter de la hausse du coût des études.
Son explication des violences s’est durcie. Le 16 octobre, il a évoqué des mains étrangères qui ne veulent pas une Albanie en paix, rapportait Al Jazeera, et la BBC indique qu’il accuse Sali Berisha d’attiser le chaos. Le week-end, il a cité la Russie et l’Iran, sans présenter de preuve, souligne Balkan Insight. Selon la BBC, il a dit à des chefs de la police que des jeunes avaient été radicalisés par des forces obscures en Europe et aux États-Unis, et le 20 octobre il a jugé certains étudiants extrémistes dans leurs opinions.
Les offres vont de pair avec les mises en garde. Le week-end, Edi Rama a promis de protéger le droit de manifester et s’est dit prêt à parler avec quiconque renonce à la violence. Des chaises portant le mot dialogue ont été installées devant son bureau. Le syndicaliste Aleksandër Kovaçi a décliné une invitation à le rencontrer, estimant que la violence policière avait détruit les conditions du dialogue, selon Tirana Times. Le Premier ministre a aussi promis une prime de 2 500 euros aux policiers et averti que les familles des mineurs répondraient des dégâts. Son bureau a précisé qu’il ne s’agissait pas de sanctions collectives.
Les négociations d’adhésion à l’UE derrière l’argument d’Edi Rama
La défense du Premier ministre repose sur Bruxelles. La page de la Commission européenne consacrée à l’Albanie rappelle le statut de candidat depuis juin 2014, le lancement officiel des négociations en juillet 2022 et l’ouverture des 33 chapitres avant la fin de 2025. En juillet 2026, l’Albanie en a clos provisoirement trois. Le 13 octobre, jour du début des manifestations étudiantes, elle a clos provisoirement un quatrième, sur la politique d’entreprise et industrielle, selon un communiqué de la Commission.
Le mot important est provisoirement. La Commission précise qu’aucun chapitre n’est définitif tant qu’un accord global ne couvre pas l’ensemble, et que les progrès du groupe Fondamentaux, qui comprend l’État de droit, fixent le rythme de tout le processus. Edi Rama a promis l’adhésion d’ici 2030, rappelle la BBC, et a affirmé le week-end que les troubles menacent cet objectif plutôt que son gouvernement. Le 18 octobre, la Commission a condamné les incendies et les attaques contre les institutions de l’État, demandé une réponse légale et proportionnée et appelé à un dialogue constructif.
Blessés, interpellations et dégâts : ce que disent les chiffres
Les chiffres, publiés par divers organismes à diverses dates, ne concordent pas toujours. Le premier jour, la police faisait état de 23 arrestations et de six policiers blessés, selon Balkan Insight. Le 17 octobre, le chef de la police nationale, Skender Hita, chiffrait le bilan de cinq jours à 132 policiers blessés et 167 arrestations, rapportait Al Jazeera, tandis que Reuters citait des données policières de 500 personnes interpellées, dont 330 déjà relâchées, et d’environ 120 policiers et 45 manifestants blessés.
Le décompte du ministère de la Santé, cité par Al Jazeera le 18 octobre, faisait état de 272 blessés, dont 169 policiers. La BBC rapportait des chiffres officiels de 295 blessés, dont 186 policiers, avant les heurts du 19 octobre. Des balles en caoutchouc ont été tirées le 17 octobre pour la première fois depuis le début du mouvement, selon l’AFP citée par Al Jazeera, et sept policiers ont été suspendus le temps d’enquêter sur d’éventuels abus de pouvoir. La délégation de l’UE à Tirana a demandé le 14 octobre des enquêtes prioritaires sur les allégations de violences policières excessives contre manifestants et journalistes.
Ce que disent l’opposition albanaise, le président et Bruxelles
Le Parti démocrate d’opposition, dirigé par l’ex-Premier ministre et ex-président Sali Berisha, réclame depuis longtemps le départ d’Edi Rama, mais la BBC note que ses propres rassemblements ont attiré beaucoup moins de monde que la vague actuelle. Après les heurts devant le siège du parti le 18 octobre, son député Eno Bozdo a parlé de violence injustifiée et jugé sans précédent l’usage de gaz lacrymogène et de la force par la police contre un parti d’opposition.
Le président Bajram Begaj a déclaré le 14 octobre suivre l’escalade avec inquiétude et appelé toutes les parties à la responsabilité et à la retenue. Le 19 octobre, Balkan Insight rapportait que 141 professeurs d’université avaient condamné les violences policières contre les étudiants et réclamé la démission d’Edi Rama et un gouvernement intérimaire.
Ce qu’il faut suivre et comment voyager en Albanie pendant les manifestations
Au 20 octobre 2026, les manifestations en Albanie entraient dans leur huitième jour, et Balkan Insight ne signalait aucune négociation formelle au 19 octobre. Trois points méritent d’être suivis : un éventuel dialogue avec les étudiants, les enseignants ou les syndicats, les résultats des enquêtes sur l’action de la police et la suite des négociations avec l’UE, dont la Commission lie le rythme aux Fondamentaux.
Pour les voyageurs, les consignes officielles visent des lieux précis, pas tout le pays. Le ministère français des Affaires étrangères recommandait le 14 octobre d’éviter les abords du ministère de l’Éducation, la route de Durrës et la place Skanderbeg, ainsi que les attroupements près des bâtiments officiels. Le Foreign Office britannique, dans un avis mis à jour le 15 octobre et valable au 20, signale des violences lors de manifestations au centre de Tirana, demande d’éviter manifestations, grands rassemblements et meetings politiques, et ne déconseille pas le voyage en Albanie. Le 15 octobre, l’ambassade des États-Unis à Tirana recensait des manifestations dans sept villes et prévenait de fermetures et de services réduits, transports publics compris.
La côte n’est pas une zone à part : Durrës et Vlora figurent sur la liste américaine, et la page britannique prévient que des manifestations peuvent avoir lieu hors de la capitale. L’ambassade américaine conseille de rester discret et de prévoir un plan de repli, et son site maintient l’Albanie au niveau 2, vigilance accrue, en raison de la criminalité. Les règles de visa dépendent du passeport : l’ambassade d’Albanie à Moscou renvoie vers le portail e-visa.al et dispense, jusqu’à 90 jours sur 180, les titulaires d’un visa Schengen, américain ou britannique à entrées multiples déjà utilisé. Si vous partez de Belgique, de Suisse ou du Canada, consultez aussi la page de votre propre ministère.
Checklist pratique
- Consultez la veille du départ la fiche Albanie de votre ministère des Affaires étrangères et sa date de mise à jour.
- Prévoyez vos trajets dans Tirana loin du ministère de l’Éducation, de la route de Durrës et de la place Skanderbeg.
- Comptez avec des fermetures et des transports publics réduits dans les villes albanaises tant que durent les manifestations.
- Vérifiez si votre passeport exige un visa albanais et, si oui, faites la demande uniquement sur le portail e-visa.al.
- Enregistrez dans votre téléphone le numéro d’urgence de votre ambassade et les coordonnées de votre assureur voyage.
Questions et réponses
Pourquoi les étudiants albanais manifestent-ils depuis octobre 2026 ?
Les étudiants sont descendus dans la rue le 13 octobre à cause des frais de scolarité et du prix des manuels, de l’état des universités, du coût de la vie et du manque d’emplois après le diplôme. Le mouvement est né de mois de rassemblements Flamingo contre un complexe touristique sur la côte et exige désormais la démission d’Edi Rama.
Peut-on voyager en Albanie pendant les manifestations actuelles ?
Au 20 octobre, le Foreign Office britannique ne déconseille pas le voyage en Albanie, mais demande de se tenir à l’écart des manifestations et des meetings. Le ministère français des Affaires étrangères et l’ambassade des États-Unis recommandent eux aussi d’éviter les lieux de protestation et les bâtiments officiels, de suivre les médias locaux et de respecter les consignes de la police.
Quels quartiers de Tirana éviter pendant les manifestations ?
Le ministère français des Affaires étrangères cite les abords du ministère de l’Éducation, la route de Durrës et la place Skanderbeg, ainsi que les attroupements près des bâtiments officiels. Des heurts ont aussi eu lieu près du bureau du Premier ministre, des sièges de partis et du parc Rinia : vérifiez l’actualité locale avant de traverser le centre.
Combien de personnes ont été blessées lors des manifestations à Tirana ?
Les décomptes officiels publiés au 20 octobre vont de 272 blessés, dont 169 policiers, selon le ministère de la Santé cité par Al Jazeera, à 295 blessés, dont 186 policiers, selon les chiffres rapportés par la BBC. Reuters relevait que beaucoup de blessures de manifestants n’avaient sans doute jamais été enregistrées.
Les troubles peuvent-ils peser sur les négociations d’adhésion de l’Albanie à l’UE ?
Edi Rama l’affirme et dit que les violences menacent son objectif d’adhésion d’ici 2030. La Commission européenne a condamné les violences le 18 octobre, défendu le droit de manifester et appelé au dialogue. Dans sa procédure, le rythme des négociations dépend des progrès sur l’État de droit ; quatre chapitres étaient clos provisoirement au 13 octobre.
