Francs-maçons : qui ils sont vraiment, ce que signifie leur signe et où s’arrête le complot
En 1717, quatre loges londoniennes se réunissent à dîner dans une taverne. Trois siècles plus tard, on leur prête le contrôle du monde. Qu’y a-t-il de document et qu’y a-t-il d’invention dans cette histoire, de la bulle papale de 1738 à une liste de 962 noms ?
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Fondation
1717, Londres : la première Grande Loge
Aujourd’hui
environ 6 millions de membres, selon les francs-maçons eux-mêmes
Signe
l’équerre et le compas, souvent avec une lettre G
Première interdiction
bulle du pape Clément XII, 28 avril 1738
Plus grand canular
Léo Taxil, 1885–1897, avoue le 19 avril 1897
Les francs-maçons en clair
Le 24 juin 1717, dans une taverne londonienne appelée Goose and Gridiron, à quelques pas de la cathédrale Saint-Paul, les représentants de quatre loges se mettent à table. Ils se déclarent Grande Loge et élisent un premier Grand Maître, Anthony Sayer. Pour l’époque, l’événement est modeste : un dîner et l’élection d’un président. Pourtant, les francs-maçons considèrent cette date comme le début de leur histoire organisée, et un bar du Freemasons’ Hall de Londres porte aujourd’hui le nom de cette taverne.
Les francs-maçons forment une fraternité qui admet des hommes par un rituel d’initiation et se réunit en groupes appelés loges. La plupart des historiens de la franc-maçonnerie la font remonter aux corporations de tailleurs de pierre du Moyen Âge, qui bâtissaient châteaux et cathédrales : c’est de là que viennent les tabliers, l’équerre, le compas et le vocabulaire du « bâtir ». Ce n’est ni une église ni un parti. Le candidat doit croire en un Être suprême, mais il choisit sa propre foi.
Combien sont-ils aujourd’hui ? La Grande Loge unie d’Angleterre annonce entre 170 000 et 180 000 membres, et les francs-maçons estiment à environ six millions le total mondial (chiffres du site de la UGLE, au 16 octobre 2026). Il n’existe pas de siège central : il y a des centaines de grandes loges indépendantes, qui se reconnaissent mutuellement ou ne se reconnaissent pas.
Le signe maçonnique : équerre, compas et « œil qui voit tout »
Le signe maçonnique principal est l’équerre et le compas, outils de bâtisseur, souvent accompagnés d’une lettre G placée entre les deux. On y lit la « géométrie » et « Dieu ». Le tablier de cuir est lui aussi un héritage du métier : il protégeait le tailleur de pierre des éclats, et pour un franc-maçon il est devenu une marque d’appartenance.
L’« œil qui voit tout », un œil inscrit dans un triangle, désigne dans la tradition maçonnique le Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire Dieu. Mais la même image peut se lire autrement. En 1782, le Congrès des États-Unis décrit un œil de ce type, figurant au revers du Grand Sceau, comme un signe de la Providence ; il finit plus tard sur le billet d’un dollar. Qui l’a lu comme maçonnique, et quand, figure au dossier.
La réponse honnête à « comment reconnaître un franc-maçon à son signe » est donc plus terne que la légende. Une équerre et un compas sur un bâtiment ou une bague signifient seulement que leur propriétaire était lié à une loge. Un œil dans un triangle sur un billet ou un logo n’est pas un laissez-passer vers une union secrète.
Deux histoires qui ont bâti la légende
On a accusé les francs-maçons de tout : de révolutions, de satanisme, d’un pouvoir secret sur l’argent et les gouvernements. Le premier à les condamner fut le pape Clément XII. Sa bulle In eminenti apostolatus, du 28 avril 1738, menaçait d’excommunication tout catholique qui rejoindrait une loge. L’argument était simple : une société qui se cache de la lumière doit commettre des actes mauvais. La bulle n’apporte aucune preuve ; elle s’appuie sur la rumeur.
Un siècle et demi plus tard, un journaliste français, Léo Taxil, invente un ordre satanique au sein de la franc-maçonnerie et une prêtresse fictive, Diana Vaughan, qui abuse la presse et des dignitaires de l’Église. Le 19 avril 1897, il avoue publiquement la supercherie. Puis, en 1981, la police financière italienne découvre dans un coffre une liste de 962 noms : un complot au sein d’une loge, il s’avère, peut être réel. Entre ces deux histoires passe toute la frontière entre l’invention et le document.
Ce que contient le dossier
Le dossier couvre ce que disent réellement la bulle de 1738 et les interdictions qui suivirent ; comment Taxil a mené Rome par le bout du nez et comment sa soirée dans une salle de Paris s’est terminée ; ce que le parlement italien a établi au sujet de la loge P2 ; pourquoi l’« œil » du dollar ne dit rien des francs-maçons ; et comment les loges furent interdites en Russie, de l’éditeur arrêté Novikov au rescrit de 1822 et aux engagements de 1826. Et précisément là où le document s’arrête et où commence l’invention.
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Ce que contiennent les documents réservés de ce chapitre :
Des corporations aux salons : comment les tailleurs de pierre sont devenus francs-maçons
Trois degrés, un tablier et un serment de silence
Washington et Mozart : des frères célèbres dans des fonctions publiques
Russie : un éditeur arrêté et l’interdiction de 1822
La bulle de 1738 : un coup porté à la rumeur, non à la preuve
Léo Taxil : le mensonge le plus réussi sur les francs-maçons
La loge P2 : quand le complot était réel
Le dollar, la domination mondiale et un faux que nous ne citerons pas
Le centre secret que personne n’a trouvé, et une liste de 962 noms
Chronologie: 13 dates
Prouvé et inventé : le verdict
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Questions
Qui sont les francs-maçons, en clair ?
Une société fraternelle masculine dotée d’un rituel d’initiation et de réunions appelées loges. La plupart des historiens la font remonter aux corporations de tailleurs de pierre ; la première Grande Loge fut fondée à Londres en 1717. Ce n’est ni une religion ni un parti, mais il faut croire en un Être suprême.
Que signifie le signe maçonnique ?
L’équerre et le compas sont des outils de bâtisseur, image de la construction de son propre caractère ; la lettre G entre les deux se lit « géométrie » et « Dieu ». L’œil dans le triangle est le Grand Architecte de l’Univers, mais en 1782 le Congrès des États-Unis décrit ce même œil comme un signe de la Providence.
Est-il vrai que les francs-maçons dirigent le monde ?
Les documents ne le confirment pas. Il n’existe aucun centre unique, mais des centaines de grandes loges indépendantes. Les loges furent interdites par un pape (1738), par des empereurs russes (1822, 1826) et par les nazis. Le seul complot réel, la loge P2 (1981), était secret, et la loi l’a dissoute.