Réponse en bref
Selon le règlement (UE) 2023/1545, les étiquettes de l’UE doivent nommer 56 allergènes de parfum de plus au-delà de 0,001 % dans les produits sans rinçage ou de 0,01 % dans les produits à rincer. Les nouveaux lots s’y conforment depuis le 31 juillet 2026 ; les anciens peuvent se vendre jusqu’au 31 juillet 2028. Aux États-Unis, la loi MoCRA charge la FDA d’écrire ces règles, mais une étiquette peut encore indiquer seulement « fragrance ». Si vous connaissez votre allergène, cherchez-le dans toute la liste.
Pourquoi le seul mot parfum ne suffisait plus
Sur une étiquette européenne, toute une composition parfumante peut tenir en un mot : parfum ou aroma. Pour la plupart des acheteurs, cela suffit. Pour une personne devenue sensible à une substance parfumante, non, car ce mot ne dit pas si cette substance est présente. Ce guide est écrit pour ce lecteur, et pour ceux qui achètent pour lui.
Les considérants du règlement européen consacré au sujet expliquent ce qui est en jeu. Ils décrivent l’allergie de contact comme une modification à vie de la manière dont réagit le système immunitaire. Lors d’une nouvelle exposition à une quantité suffisante d’allergène, un eczéma, appelé dermatite allergique de contact, peut apparaître, et chez une personne déjà sensibilisée une concentration beaucoup plus faible suffit à déclencher les symptômes. Le même texte estime que 1 à 9 % de la population de l’UE est allergique à des substances parfumantes.
La loi agit donc de deux manières. Les limites imposées aux substances visent à éviter que l’on devienne allergique. L’information sur l’étiquette s’adresse à ceux qui le sont déjà : le règlement parle de prévention secondaire, dont le but est de permettre à une personne sensibilisée d’éviter tout contact avec la substance concernée. Nommer les allergènes un à un relève de cette seconde forme de protection.
Ce que le règlement (UE) 2023/1545 a ajouté à la liste
Le règlement (UE) 2023/1545 de la Commission a été adopté le 26 juillet 2023 et modifie l’annexe III du règlement relatif aux produits cosmétiques, le règlement (CE) n° 1223/2009. Avant lui, 24 substances parfumantes allergisantes, selon le terme officiel, devaient être mentionnées individuellement dans la liste des ingrédients. Le comité scientifique pour la sécurité des consommateurs, dans un avis adopté en juin 2012, a confirmé qu’elles restaient pertinentes et en a identifié 56 autres qui avaient clairement provoqué des allergies chez l’homme.
Le résumé qu’en donne la Commission européenne est bref. Le règlement introduit des exigences d’étiquetage individuel pour 56 allergènes de parfum supplémentaires et met à jour les entrées existantes, notamment en regroupant certaines substances. Il assimile aussi aux allergènes de parfum les substances qui peuvent se transformer en allergènes de contact connus par oxydation à l’air ou par bioactivation, appelées pré-haptènes et pro-haptènes.
Deux choses n’ont pas changé. Les mots parfum et aroma demeurent, et les allergènes nommés s’y ajoutent. Et la règle porte sur l’information, non sur l’interdiction : la page de la Commission indique que la présence d’un ingrédient dans la liste ne signifie pas que le produit est dangereux.
Deux seuils décident si un nom est imprimé
Un allergène de parfum visé à l’annexe III doit être indiqué dans la liste des ingrédients lorsque sa concentration dépasse 0,001 % dans les produits sans rinçage ou 0,01 % dans les produits à rincer. Les deux chiffres figurent dans le règlement et sur la page de la Commission. Un produit sans rinçage reste sur la peau ou les cheveux ; un produit à rincer est éliminé à l’eau après usage.
L’écart est de un à dix. Un produit à rincer peut contenir dix fois plus du même allergène qu’un produit sans rinçage avant que le nom doive être imprimé. Si vous réagissez à une substance, un shampooing ou un gel douche dont la liste ne la mentionne pas vous en dit moins qu’une crème dont la liste ne la mentionne pas.
Il s’ensuit que l’absence d’un nom ne prouve pas l’absence de la substance. Elle signifie seulement que la substance n’y est pas ou qu’elle est présente en dessous du seuil prévu pour ce type de produit. Savoir si des quantités inférieures au seuil comptent dans votre cas est une question médicale, à poser au dermatologue qui a diagnostiqué l’allergie.
Le 31 juillet 2026, le 31 juillet 2028 et le rayon entre les deux
Le règlement a laissé du temps au secteur. Selon la Commission européenne, depuis le 31 juillet 2026, les produits cosmétiques qui ne respectent pas les nouvelles exigences ne peuvent plus être mis sur le marché de l’UE. Ceux qui l’ont été avant cette date peuvent continuer à être mis à disposition jusqu’au 31 juillet 2028. Les considérants parlent de périodes de transition de trois et de cinq ans, justifiées par le grand nombre de produits concernés.
Pour l’acheteur, cela signifie que jusqu’à la seconde date les magasins de l’UE peuvent détenir deux générations d’étiquettes. Un emballage peut porter une liste rédigée selon l’ancienne règle, et un emballage plus récent du même produit une liste rédigée selon la nouvelle. Rien sur l’emballage ne dit quelle génération vous tenez en main.
Lisez les deux avec prudence. Une liste plus longue sur un produit familier peut simplement vouloir dire que des substances autrefois couvertes par le mot parfum sont désormais nommées ; la Commission prévient les consommateurs qu’ils verront davantage d’ingrédients parfumants individuels sur les emballages. Une liste courte, à l’inverse, ne prouve pas qu’un allergène nouvellement ajouté est absent tant que l’ancien stock n’est pas écoulé. Si votre allergène fait partie des ajouts, demandez à la marque quelle règle suit l’étiquette.
Parmi les nouveaux noms, des plantes familières
Les entrées ajoutées à l’annexe III comprennent des substances isolées aux noms courants : menthol, camphre, vanilline, benzaldéhyde, acétate de linalyle, terpinéol et pinène, entre autres. Chacune est imprimée sous la dénomination commune de l’ingrédient donnée dans l’annexe.
Beaucoup d’ajouts sont des huiles et des extraits végétaux, et pour plusieurs d’entre eux l’annexe prescrit les mots exacts à imprimer : « Lavandula Oil/Extract », « Jasmine Oil/Extract », « Rose Flower Oil/Extract », « Lemongrass Oil », « Eucalyptus Globulus Oil ». Figurent aussi dans la liste les huiles de menthe poivrée, de zeste de citron et de bergamote, l’ylang-ylang, le clou de girofle, le santal et le patchouli. Un produit parfumé uniquement aux huiles essentielles n’est donc pas, de ce seul fait, exempt d’allergènes à déclarer.
Les substances apparentées partagent désormais un nom d’étiquette. Le géranial et le néral sont tous deux déclarés sous le nom « Citral », les différentes formes du limonène figurent dans une même entrée et plusieurs espèces de rose sont déclarées ensemble. Si votre résultat cite une forme ou une espèce précise, rapprochez-la du nom du groupe. La liste juridiquement contraignante est l’annexe III du règlement (CE) n° 1223/2009. La base de données CosIng de la Commission permet de rechercher un ingrédient, bien que la Commission la décrive comme purement informative.
Où en sont les États-Unis avec la loi MoCRA
Le droit américain en est à un stade antérieur. La loi de 2022 sur la modernisation de la réglementation des cosmétiques (MoCRA), que l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) présente comme la plus importante extension de ses pouvoirs sur les cosmétiques depuis 1938, impose à l’agence d’établir des règles d’étiquetage des allergènes de parfum. C’est l’ordre d’écrire une règle. Ce n’est pas encore une règle qui change ce que dit un emballage.
L’endroit où suivre l’avancement est la page que la FDA consacre à la MoCRA. Lorsqu’elle a été consultée pour cet article, elle indiquait le 10 août 2026 comme date de dernière mise à jour et mentionnait l’exigence relative aux allergènes de parfum sans règle proposée ni définitive à côté. Pour la règle sur les essais du talc exigée par la même loi, en revanche, la page renvoie à une proposition de décembre 2024 et à son retrait en novembre 2025.
Tant qu’aucune règle n’existe, la pratique antérieure s’applique. La page de la FDA destinée aux consommateurs sur les allergènes explique qu’une déclaration des ingrédients est exigée sur les cosmétiques vendus au détail, mais que certains ingrédients peuvent être indiqués de façon générale par « fragrance » ou « perfume », sans que les substances précises soient identifiées. Un emballage étiqueté pour le marché américain peut donc afficher un seul mot là où une étiquette européenne nommerait les allergènes au-delà des seuils.
Lire une liste quand on connaît déjà son allergène
Partez du diagnostic, pas du rayon. Demandez au cabinet vos résultats de tests épicutanés par écrit et notez chaque allergène sous le nom utilisé dans les listes d’ingrédients, y compris le nom du groupe auquel il appartient désormais. Gardez la note dans votre téléphone. Sans le nom exact, aucune étiquette ne peut être vérifiée.
Sur un emballage étiqueté pour l’UE, le mot parfum ou aroma vous indique qu’une composition parfumante est présente. Poursuivez la lecture de toute la liste à la recherche du nom de votre allergène, en gardant à l’esprit les deux seuils et, jusqu’au 31 juillet 2028, la possibilité d’une ancienne étiquette. Sur un emballage étiqueté pour les États-Unis, le mot fragrance seul laisse la question ouverte, et la FDA conseille de contacter le fabricant indiqué sur l’étiquette.
Ne laissez pas le devant de l’emballage répondre à la place du dos. La FDA affirme qu’il ne suffit pas de chercher des termes comme « hypoallergénique », « sans parfum » ou « pour peaux sensibles », car aucune norme ni définition fédérale n’en encadre l’usage aux États-Unis. Relisez la liste à chaque achat, puisque les étiquettes sont en cours de réécriture pendant la transition.
Ce qu’une étiquette ne peut pas faire, et quand consulter un dermatologue
Une étiquette peut vous aider à éviter une substance. Elle ne peut pas vous dire à quelle substance vous réagissez. La FDA décrit la manière habituelle de le découvrir : lors d’un test épicutané, de petites quantités d’allergènes sont posées sur la peau et recouvertes pendant 48 heures, un médecin examine la peau après 72 à 96 heures, et l’ensemble demande deux à trois consultations.
La même page conseille de consulter un professionnel de santé en cas de symptômes que vous soupçonnez d’être une réaction allergique, en notant que la sensibilité aux allergènes peut s’aggraver avec le temps. Les réactions aux cosmétiques prennent le plus souvent la forme d’une éruption rouge qui démange. Un essoufflement ou une difficulté à avaler, c’est autre chose : la FDA les range parmi les signes d’anaphylaxie et demande de consulter un médecin immédiatement.
Rien dans cet article ne constitue un avis médical, et aucune lecture d’étiquette ne remplace un diagnostic. Si une éruption revient sans cesse, consultez un dermatologue et apportez au rendez-vous les produits que vous utilisez, avec leurs emballages. Aux États-Unis, vous pouvez aussi signaler une réaction à la FDA, et la MoCRA impose à l’entreprise responsable d’un produit de déclarer à l’agence les événements indésirables graves dans un délai de 15 jours ouvrés.
Checklist pratique
- Demandez au cabinet vos résultats de tests épicutanés par écrit et notez chaque allergène sous le nom utilisé dans les listes d’ingrédients.
- Sur un emballage de l’UE, ne vous arrêtez pas au mot parfum : parcourez toute la liste à la recherche de votre allergène et du nom de son groupe.
- Jusqu’au 31 juillet 2028, ne voyez pas dans une liste courte sur un emballage de l’UE la preuve qu’un allergène nouvellement ajouté est absent ; interrogez la marque.
- Sur un emballage américain qui indique seulement « fragrance », contactez le fabricant nommé sur l’étiquette avant d’utiliser le produit.
- Consultez un dermatologue pour toute éruption que vous pensez allergique, et appelez les urgences en cas de difficulté à respirer ou à avaler.
Questions et réponses
Combien d’allergènes de parfum doivent être nommés sur les étiquettes de l’UE ?
Les considérants du règlement indiquent que 24 substances parfumantes allergisantes devaient déjà être mentionnées individuellement et que le comité scientifique de l’UE en a identifié 56 autres ; la Commission européenne précise que la nouvelle règle introduit l’étiquetage individuel de ces 56. Comme des substances apparentées sont regroupées sous des noms communs, compter les noms imprimés donne un autre chiffre. La liste contraignante est l’annexe III du règlement (CE) n° 1223/2009.
Depuis quand les nouvelles règles de l’UE sur les allergènes de parfum s’appliquent-elles ?
Le règlement (UE) 2023/1545 de la Commission a été adopté le 26 juillet 2023. Selon la Commission européenne, depuis le 31 juillet 2026 les produits non conformes ne peuvent plus être mis sur le marché de l’UE, et ceux qui l’ont été avant cette date peuvent continuer à être mis à disposition jusqu’au 31 juillet 2028. D’ici là, un emballage en vente peut encore suivre l’ancienne liste.
Les États-Unis imposent-ils de déclarer les allergènes de parfum ?
Pas sous forme de noms individuels au moment où cet article a été vérifié. La page de la FDA sur la MoCRA indique que la loi de 2022 impose à l’agence d’établir des règles d’étiquetage des allergènes de parfum, et elle ne mentionnait ni règle proposée ni règle définitive le 5 octobre 2026. En attendant, la FDA précise que certains ingrédients peuvent être déclarés de façon générale par « fragrance » ou « perfume ». Consultez la page de la FDA pour connaître la situation actuelle.
« Sans parfum » signifie-t-il qu’un produit ne contient aucun allergène de parfum ?
Vous ne pouvez pas vous fier à cette seule mention. La FDA indique qu’aux États-Unis aucune norme ni définition fédérale n’encadre des termes comme « sans parfum », « hypoallergénique » ou « pour peaux sensibles », et qu’il ne suffit pas de les chercher. Lisez plutôt la liste des ingrédients, en gardant à l’esprit que des huiles et extraits végétaux comme la lavande, la rose et la menthe poivrée font partie des allergènes que l’UE impose de nommer.
Quelle différence entre les seuils des produits sans rinçage et à rincer ?
Le règlement fixe le seuil d’étiquetage à 0,001 % pour les produits sans rinçage et à 0,01 % pour les produits à rincer. Un produit que l’on rince peut donc contenir dix fois plus d’un allergène qu’un produit qui reste sur la peau avant que le nom doive apparaître. Un nom absent sur un shampooing vous en dit moins qu’un nom absent sur une crème, ce qui compte si vous réagissez déjà à la substance.
