Réponse en bref
Rosalía n'a pas une étiquette de genre unique sur toute sa discographie : seul « Bulerías » porte un palo dans son titre, la mention « Traditional » parmi les auteurs de la musique et huit interprètes de palmas, nudillos et jaleo aux crédits ; dans « Malamente », le flamenco s'entend dans la manière de chanter ; « Con Altura » y fait référence dans les mots mêmes de l'artiste, sans interprètes de flamenco aux crédits ; et « Saoko » comme « Berghain » partent vers l'industriel et l'art pop orchestral.
La discographie de Rosalía, cinq points sur une même échelle
En quatre albums studio — Los Ángeles (2017, en duo avec le guitariste Raül Refree), El Mal Querer (2018), Motomami (2022) et Lux (2025) —, Rosalía n'est jamais restée assez longtemps dans un seul genre pour qu'une étiquette unique lui colle à la peau. Les cinq enregistrements de 2018-2025 ci-dessous sont comparés à partir de marqueurs vérifiables dans les crédits — un palo signalé « Traditional », des rôles de palmas, nudillos ou jaleo attribués comme tels à des interprètes, la composition de l'équipe de production —, et non d'après l'impression générale laissée par le son. Fait à part : même la critique, en évaluant un seul et même album de 2025, Lux, ne s'accorde pas sur son genre, et ce désaccord est un fait documenté, pas un angle mort de cette analyse.
La question « flamenco ou pop » n'a donc pas de réponse unique pour toute la discographie : un enregistrement donné utilise des marqueurs de flamenco vérifiables aux crédits, ou n'en utilise aucun — auquel cas son lien avec le flamenco ne subsiste que dans la manière de chanter ou dans l'étiquette de genre d'une critique. Voici cinq enregistrements situés à des points différents de cette échelle, avec ce qui, dans les crédits et les critiques, justifie leur place : qui a écrit et produit le titre, quels rôles figurent aux crédits, et comment les médias spécialisés — pas seulement la fiche de l'album — nomment le genre.
« Malamente » : voix flamenca et palmas dans une production pop
Le single est sorti le 30 mai 2018 comme premier épisode d'El Mal Querer. Les paroles et la musique sont créditées à Rosalía, Pablo Díaz-Reixa (El Guincho) et Antón Álvarez (C. Tangana) ; selon les crédits de l'album, les producteurs du titre sont Rosalía et El Guincho ensemble. La base du beat, ce sont des palmas — enregistrées par Rosalía elle-même et El Guincho — sur un tambour herreño (tambour traditionnel des îles Canaries, région d'origine du producteur), une boîte à rythmes Roland TR-808 et des synthétiseurs. Pitchfork, dont la critique est citée par la fiche même du titre pour l'étiquette de genre « flamenco pop », a écrit le 3 juillet 2018 que le titre « mêle flamenco, pop, reggaeton et R&B », et le critique Dani Blum a qualifié la voix de Rosalía de « velours liquide ». À l'automne 2020, Billboard l'a formulé plus précisément : le titre « fusionne la voix flamenca de Rosalía avec des loops, des beats et du rap » — le flamenco s'y entend surtout dans la manière de chanter, pas dans un enregistrement échantillonné ni dans un cycle rythmique de compás. L'album comporte bien un échantillon d'un cante flamenco réel — « Mi Cante por Bulerías » de La Paquera de Jerez —, mais pas dans « Malamente » : il apparaît dans un autre titre du même album, « Que no salga la luna » (plus de détails dans la FAQ). Rosalía a défendu l'album comme mémoire de fin d'études à l'Escola Superior de Música de Catalunya (ESMUC), dont le cursus d'interprétation du cante n'admet qu'un seul étudiant par an ; le concept s'appuie sur le roman occitan anonyme du XIIIe siècle « Flamenca ».
La polémique sur l'appropriation culturelle a commencé avant la sortie de l'album et s'est poursuivie après. Le 18 septembre 2018, six semaines avant la sortie, Rodrigo Terrasa demandait, en titre du journal espagnol El Mundo, si « le succès de Rosalía » est « un vol fait aux Roms », soulignant que l'artiste est catalane, et non andalouse — région d'origine du flamenco ; le même article cite Rosalía disant que « le flamenco n'appartient pas aux Roms ». Le 18 décembre 2018, après la sortie, Paula Ibieta écrivait dans le média américain Phoenix New Times qu'« il y a peut-être une part de vérité dans le caractère discutable de l'esthétique de Rosalía et de son usage de l'argot andalou ». Selon l'article consacré à l'album, Rosalía elle-même a qualifié cette polémique de positive et affirmé que des éléments de flamenco resteraient présents dans sa musique.
« Bulerías » : le seul titre avec des palmeros et la mention « Traditional » aux crédits
La bulería est un palo (forme) du flamenco : un cycle rythmique (compás) à douze temps, un tempo d'environ 195 à 240 battements par minute, le mode « por medio » (phrygien à tierce haussée), et une origine chez les Roms (Calé) de Jerez du XIXe siècle. Le titre du même nom sur l'album Motomami (2022) est le seul des cinq enregistrements examinés ici dont les crédits d'écriture musicale portent la mention « Traditional » à côté de noms propres : Rosalía, José Miguel Vizcaya Sánchez, Noah Goldstein, Dylan Wiggins et David Rodríguez ; les paroles sont créditées à Rosalía et Kaydy Cain, et les producteurs sont Goldstein, Rosalía et Dylan Wiggins (crédité sous le nom de Patrice). Huit interprètes participent avec des rôles de palmas, nudillos et jaleo (cris d'encouragement) — parmi eux les frères Macario et José Álvaro Ibáñez Díaz, et Juan José Jaén Arroyo, également crédité comme bailaor (danseur). Le Los Angeles Times a écrit le 17 mars 2022 que « Bulerías » est « le seul titre [de Motomami] indéniablement ancré dans le flamenco » ; selon la description du LA Times, la chanson parle du dur labeur qui se cache derrière l'éclat de la célébrité. José Miguel Vizcaya, dit « El Chiqui de la Línea », est une figure marquante de la scène flamenca catalane ; il a conseillé à Rosalía de suivre une formation musicale, puis a été son professeur de cante pendant huit ans, le temps qu'elle étudie à l'ESMUC (plus de détails dans la FAQ).
« Con Altura » : le reggaeton où Rolling Stone a entendu « de ida y vuelta »
Le single avec J Balvin est sorti le 28 mars 2019. Selon les crédits, les paroles et la musique sont créditées à Rosalía, J Balvin, Aury « Mariachi Budda » Pineda, El Guincho, Frank Dukes, Teo Halm et Sky Rompiendo ; les producteurs sont El Guincho, Frank Dukes, Teo Halm, Sky Rompiendo et Rosalía, tandis que J Balvin et Aury Pineda ne figurent que comme auteurs (J Balvin aussi comme interprète). Les crédits disponibles ne mentionnent aucun interprète de palmas, nudillos ou jaleo, et aucun palo n'est nommé. Pourtant, Rolling Stone a écrit le 28 mars 2019 que la chanson est « une relecture moderne de ce que l'artiste elle-même appelle "de ida y vuelta" », en référence à une catégorie historique de palos flamencos façonnés par l'influence afro-caribéenne sur une musique partie en Amérique latine puis revenue en Espagne. Le titre a atteint la première place des classements dans six pays et remporté un Latin Grammy de la meilleure chanson urbaine — le succès d'un tube reggaeton sans interprète de flamenco aux crédits, mais avec une référence au genre dans les mots mêmes de Rosalía, non une absence totale de lien avec lui.
« Saoko » : reggaeton industriel sans marqueur de flamenco aux crédits
Sorti le 4 février 2022 comme l'un des singles de Motomami. Le titre interpole « Saoco », de Wisin & Daddy Yankee ; parmi les producteurs figurent Noah Goldstein, Dylan Wiggins, Michael Uzowuru et d'autres. Les sources décrivent le genre comme du reggaeton alternatif aux accents industriels et de jazz d'avant-garde. Dans un entretien à Rolling Stone en novembre 2021, Rosalía elle-même citait, parmi ses influences pour l'album, « The Downward Spiral » (1994) de Nine Inch Nails et « Yeezus » (2013) de Kanye West — sa propre référence, et non une comparaison rétrospective de la critique. Selon Tidal, les palmas reviennent aux crédits — enregistrées par Rosalía elle-même —, mais il n'y a ici ni compás, ni palo, ni palmeros invités.
« Berghain » : l'orchestre du LSO et aucun interprète de flamenco aux crédits
Le single principal de l'album Lux est sorti le 27 octobre 2025 avec la participation de Björk et Yves Tumor. Selon les crédits, les auteurs sont Rosalía elle-même, Björk, Noah Goldstein, Dylan Wiggins et Jake Miller ; les producteurs sont Rosalía, Goldstein, Wiggins (crédité sous le nom de Sir Dylan) et Jake Miller, tandis que Björk figure comme coautrice et interprète, mais pas comme productrice. Le titre a été enregistré avec l'Orchestre symphonique de Londres, avec des paroles en allemand, en espagnol et en anglais. Sa fiche Wikipédia étiquette le genre comme « art pop », « avant-garde » et un clin d'œil à l'esthétique musicale baroque — une référence à la tradition savante européenne, et non à une tradition latino-américaine ou espagnole. Walden Green, de Pitchfork, a écrit le 28 octobre 2025 que « Rosalía n'avait jamais affiché aussi ouvertement sa formation vocale classique », qualifiant son interprétation de colorature et comparant le passage à « L'Hiver » de Vivaldi et au « Sacre du printemps » de Stravinsky. Les crédits de ce titre ne comportent ni compás, ni palmas, ni interprète spécialiste du flamenco.
Cinq enregistrements côte à côte : ce que montre la comparaison directe
Mis côte à côte, les cinq enregistrements se distinguent sur trois plans : les éléments du flamenco qu'ils utilisent, les personnes chargées de la production et la manière dont les médias eux-mêmes nomment le genre de chaque titre.
Palo, « Traditional » et palmas — contre de simples applaudissements
Le mot « compás » ne figure aux crédits d'aucun des cinq titres — c'est une technique d'interprétation, pas une entrée dans la liste des auteurs. Le marqueur vérifiable est autre : un palo précis est-il nommé parmi les auteurs de la musique avec la mention « Traditional », et des interprètes sont-ils crédités des rôles de « palmas », « nudillos » ou « jaleo » — et non simplement de « claps » (applaudissements) ? C'est le cas pour « Bulerías » : huit interprètes y figurent exactement avec ces rôles. « Malamente » et « Saoko » ont eux aussi des applaudissements aux crédits, mais en tant que simples claps de Rosalía elle-même (et, dans « Malamente », d'El Guincho aussi) — pas de palmeros invités, et sans mention « Traditional ». « Con Altura » et « Berghain » ne comportent, dans les crédits disponibles, ni claps ni palmas.
Qui est derrière la console
Selon les crédits de l'album, « El Mal Querer » a été produit par Rosalía et El Guincho ensemble ; l'article Wikipédia consacré à Díaz-Reixa lui-même le présente comme producteur unique sans citer les crédits du disque — une divergence que nous tranchons en faveur des crédits du disque (plus de détails dans la FAQ). Il décrit lui-même son style comme de l'« exotica de l'ère spatiale » et travaille surtout sur un sampler Roland SP-404, avec un bagage dans l'afrobeat et le dub. En dehors de Rosalía elle-même, seul « Bulerías », parmi les cinq titres, crédite son professeur de cante, José Miguel Vizcaya Sánchez, comme coauteur musical ; l'équipe de production de Motomami dans son ensemble est plus large — Goldstein, Wiggins, Williams, Tainy et d'autres —, mais sans rôle distinct d'interprète de cante. L'orchestre de Lux a été dirigé par Daníel Bjarnason, avec des arrangements écrits, entre autres, par Caroline Shaw et Angélica Negrón.
Comment les médias et les fiches Wikipédia nomment le genre
Les étiquettes de genre dans les fiches — « flamenco pop » pour « Malamente », avec référence à la critique de Pitchfork ; « reggaeton » pour « Con Altura » ; « reggaeton alternatif » pour « Saoko » ; « art pop » et esthétique baroque pour « Berghain » — relèvent d'une catégorisation encyclopédique, pas d'une position unique de l'industrie. Les formulations de la critique divergent davantage encore : Rolling Stone a entendu dans « Con Altura » un clin d'œil au « de ida y vuelta » ; le Los Angeles Times a appelé « Bulerías » le seul titre de Motomami « indéniablement ancré dans le flamenco » ; la fiche Wikipédia de Lux l'étiquette « orchestral pop », « art pop », « classical » et « avant-pop », tandis que Pitchfork, dans sa propre critique, l'a qualifié à part de « pop classique d'avant-garde » (plus de détails sur ce désaccord de la critique dans la section suivante). Sur Wikipédia, aucun des cinq titres n'est étiqueté simplement « flamenco ».
La querelle de genre autour de Lux : même la critique ne s'accorde pas
Même la critique, en évaluant un seul et même album, ne s'accorde pas sur l'étiquette : Aureliano Tonet dans Le Monde, Anamaria Sayre sur NPR et Will Hodgkinson dans The Times qualifient carrément Lux d'album de musique classique, tandis que Maria Sherman de l'Associated Press, Kaelen Bell dans Exclaim! et Joe Coscarelli avec Jon Caramanica dans le New York Times parlent d'un album pop, art pop ou avant-pop aux influences classiques ; Alexis Petridis, dans le Guardian, le formule de façon plus tranchée encore le 3 novembre 2025 — l'album « sonne assurément plus près de la musique classique que de tout ce qui figure dans les classements ». L'album lui-même n'est pas totalement dépourvu de flamenco, contrairement au single principal « Berghain » : selon les crédits, Estrella Morente, le Flamenco Ladies Choir et le Flamenco Gentlemen Choir y participent, et le collectif Makarines est crédité pour les palmas sur plusieurs titres ; le Guardian relève par ailleurs des « palmas flamencas » sur le titre « Porcelana ». Autrement dit, au sein d'un même album de 2025 coexistent un point d'absence totale de marqueurs de flamenco aux crédits (« Berghain ») et des points où ils sont documentés aux côtés de l'orchestre. Si les spécialistes ne s'accordent pas sur un seul enregistrement, la réponse à « Rosalía, flamenco ou pop ? » à l'échelle d'une carrière ne peut pas être plus courte que l'examen de l'enregistrement précis. Sur les cinq titres vérifiés, une chose apparaît clairement : chez Rosalía, le flamenco n'est ni dissous dans tout, ni réductible à une simple « couleur hispanophone » de fond — c'est un ensemble de marqueurs vérifiables aux crédits, pleinement documenté dans certains enregistrements, présent seulement dans la manière de chanter ou l'étiquette de genre d'une critique dans d'autres, et totalement absent dans un troisième groupe.
Checklist pratique
- Un palo (forme du flamenco) est-il nommé dans le titre du morceau, la mention « Traditional » figure-t-elle parmi les auteurs de la musique, et des rôles de palmas, nudillos ou jaleo sont-ils indiqués aux crédits — les trois ensemble, pas séparément.
- Quelqu'un dans la formation est-il crédité d'un rôle distinct — palmero, interprète de nudillos ou de jaleo — plutôt que simplement listé parmi les auteurs de « claps ».
- Un coauteur ou un interprète travaille-t-il dans la tradition du cante, plutôt que d'être seulement un producteur de la scène pop.
- Un échantillon d'un enregistrement de flamenco réel est-il utilisé, et sa source est-elle créditée sur ce titre précis, et non sur l'album entier.
- Comment les médias spécialisés et les fiches nomment-ils le genre — pas seulement l'esthétique visuelle du clip ou de la pochette.
Questions et réponses
« Malamente » contient-il un échantillon d'un enregistrement de flamenco ?
Non. Selon les crédits de l'album, l'enregistrement de La Paquera de Jerez apparaît dans une autre chanson du disque, « Que no salga la luna ». Une version antérieure de la critique de Pitchfork sur « Malamente » elle-même mentionnait même des castagnettes — le média a corrigé cette imprécision par la suite.
Qui est José Miguel Vizcaya, « El Chiqui de la Línea » ?
C'est une figure respectée de la scène flamenca catalane : il a suggéré à Rosalía de suivre une formation musicale, puis a été son professeur de cante pendant huit ans, le temps qu'elle étudie à l'ESMUC. Il figure aussi comme coauteur musical aux crédits du titre « Bulerías », sur Motomami.
Le flamenco s'entend-il ailleurs sur Lux qu'à « Berghain » ?
Oui. Parmi les participants à l'album figurent, selon les crédits, Estrella Morente, deux chœurs portant « flamenco » dans leur nom, et le collectif Makarines, responsable des palmas sur une partie des titres — mais pas sur « Berghain ». Le Guardian relève par ailleurs des palmas flamencas sur la chanson « Porcelana ».
El Guincho était-il le seul producteur d'« El Mal Querer », ou non ?
Non : le disque porte deux noms à la rubrique « producer », le sien et celui d'El Guincho. La formule « producteur unique » n'apparaît que dans un article distinct consacré à Díaz-Reixa lui-même, sans référence aux crédits du disque ; il s'agit d'une divergence entre deux sources secondaires, et le texte ci-dessus s'appuie sur la plus directe des deux.
Quelles récompenses ont reçues « El Mal Querer » et « Malamente » ?
« El Mal Querer » a reçu le Grammy Award du meilleur album latin rock, urbain ou alternatif lors de la 62e cérémonie des Grammy Awards (janvier 2020), et l'Album de l'année lors de la 20e cérémonie des Latin Grammy (novembre 2019) ; lors de cette même cérémonie des Latin Grammy, le single « Malamente » a remporté à part la meilleure chanson alternative et la meilleure fusion/performance urbaine.

